Vialas 4 panoramique  JPV

Le relief et l’hydrographie

 

La commune de Vialas s’étend sur près de 5000 hectares, du Mas de la Barque à la route des Crêtes, du col de la Rise (limite entre le Gard et la Lozère) au Plo de l’Estrade. Son altitude varie de 328m, au bord du Luech à 1506m, dans le bois de Méjarié. Proche du col de la croix de Berthel, qui partage les eaux allant vers l’océan Atlantique (vers le Pont de Montvert) de celles qui coulent vers la Méditerranée (vers Alès), le territoire de la commune est traversé par les ruisseaux du Rieutord, du Luech, du Pontil, de la Gourdouze, et de l’Homol. Le climat diffère également que l’on soit d’un côté du col ou de l’autre. À Vialas, les hivers sont plus doux et la végétation plus méditerranéenne.

La géologie

 

Au pied du Mont Lozère, Vialas se situe sur la limite géologique entre le schiste et le granit. Les schistes se sont formés par tassement de dépôts sédimentaires (essentiellement des argiles et quelques sables), dans les fonds marins primitifs. L’écorce terrestre est en perpétuel réajustement, ce qui entraîne plusieurs mouvements de masses. Il y a quelque 300 millions d’années, les granits (roche magmatique chaude, venant des profondeurs) sont montés à travers les schistes, qui sous la pression et la température se sont transformés (c’est ce que l’on appelle le métamorphisme). Ils ont ainsi formé le Mont Lozère. Ce granit est parcouru de plusieurs fissures, les diaclases. C’est par là que l’eau s’est infiltrée et a dégradé la roche. L’érosion a emporté les cristaux, laissant des empilements de boules de granit, appelés chaos granitiques. Puis l’érosion des schistes est venue dénuder les granits cachés dessous. Enfin les réajustements de l’écorce terrestre ont également provoqué des cassures, les failles, qui souvent permettent la circulation de fluides porteurs de minerais, comme le filon de plomb argentifère de Vialas.

L’architecture du paysage

 

images (1)Jusque dans les années 1950, chaque parcelle de terre est utilisée pour faire pousser pommes de terre, pois chiches ou autres fruits et légumes. Le sol est trop pauvre pour cultiver du blé et les habitants sèment du seigle. Depuis des siècles, des terrasses, appelées « bancels » ou « faysses » (prononcer faïsse), sont construites afin d’aménager des espaces plus propices aux cultures. En outre, ces terrasses créent un microclimat. Sur un versant étagé, les nappes d’air froid restent emprisonnées en fond de vallée, ce qui met les parcelles à l’abri du gel. De plus, les murettes, découpant la pente, protégent du vent.

Ces murs en pierre sèche, dont une des fonctions est de dépierrer le terrain, sont alors construits afin de limiter le glissement des terres, qu’il faut remonter à dos d’homme. Ces murets permettent aussi de constituer un sol plus profond, ce qui facilite la culture des châtaigniers*. Ces murs, enfin, orientent l’eau de ruissellement. De petits escaliers, permettant de passer d’une terrasse à l’autre, sont encore visibles dans leur épaisseur. Souvent emportées par les pluies violentes, ces constructions demandent un entretien constant. Aujourd’hui, de nombreux murs sont également détruits par les sangliers et par les troupeaux de moutons et de chèvres laissés sans la surveillance d’un berger.

Des prés pentus, plus haut, fournissent alors le fourrage, utilisé pour nourrir les bêtes l’hiver. Pour descendre les faix, on utilise des câbles en acier tressé, qui proviennent parfois des mines de charbon de la Grand’Combe. Ceux-ci sont fixés en haut à un rocher et à l’arrivée à une « gare », qui sert également de treuil lorsqu’il faut les retendre. Si la distance est trop longue à parcourir en une seule portée, ou lorsqu’il y a un accident de terrain, on les surélève avec des supports. Ceux-ci se composent de deux piquets fourchus sur lesquels repose une barre horizontale. Au milieu de celle-ci un crochet en fer est fixé, sur lequel, enfin, repose le câble. Le matin, les hommes montent à pied avec des cordes et des roulettes et fauchent les prés. Ils sont rejoints à midi par les femmes et les enfants. Le soir, ils accrochent les ballots de foin et les laissent glisser jusqu’à l’arrivée où ils les chargent dans une charrette pour les ramener chez eux. On retrouve les traces de ces installations sur presque tout le territoire de la commune. Ainsi, un câble reliait le Col de Montclar à Nojaret, les Lèches à Polimies, d’autres arrivaient aux Plos, à Libourette, un autre encore raccordait Les Combes aux Hortals, etc…. Plus rarement, on pouvait voir des câbles doubles qui permettaient de descendre par exemple du bois pendant que l’on remontait d’autres denrées.

Extrait du règlement pour le câble aérien des Hortals Extrait d’un article de la revue Trenze au Luech.

Entre les soussignés, a été convenu et arrêté le règlement dont la teneur suit :(…)

Article 5 : s’il survient des discussions sur la préséance de faire circuler du foin ou autres choses, la préférence sera pour ceux qui ont des faix de foin.

Article 6 : les bûches composant le faix ne doivent pas dépasser un mètre de longueur et le poids de dix kilogrammes. Celles comprises entre 10 et 20 kg devront être enveloppées de bois menus et de genets. Aucune bûche ne devra dépasser le poids de 20 kg.

Article 7 : il est défendu de faire circuler des faix dépassant le poids de soixante-dix kilos et de se servir de 2 roulettes pour le même ballot, à moins d’en avoir obtenu au préalable l’autorisation du comité. (…)

Article 9 : on ne lancera jamais un second faix avant que le premier ait franchi le 2e support, et on ne devra lancer seulement qu’un seul faix après celui qui s’arrêtera avant d’arriver à la gare. (…)

Fait à Vialas (…) le 31 mars 1827

Le comité. (…)

beal_felgerollesAfin de prélever, transporter ou stocker l’eau, l’Homme a eu recours à quelques stratagèmes. Plusieurs constructions sont ainsi visibles, telle la « mine », ou galerie horizontale, utilisée pour capter les sources et les eaux des fissures ; le canal d’irrigation, dérivant l’eau des ruisseaux, appelé « besau » (prononcé bézaou) ou « bésal » (francisé ensuite en béal) ; le réservoir nommé « boutade » ; la fontaine, etc … Ressource vitale essentielle, l’eau est un bien précieux et donc convoité. Son utilisation est alors réglementée par les « droits d’eaux ». Relevant du droit coutumier, ils sont attachés à chaque parcelle et sont sources de litiges lors de ventes ou de successions. Les juges et notaires doivent alors établir très précisément et par écrit le nombre d’heures et les jours pendant lesquels chacun peut irriguer son champ ou son jardin. La force motrice de l’eau est également utilisée dans le traitement du minerai de la mine de plomb argentifère ainsi que par les 17 moulins à eau de la commune, servant à « piser » (décortiquer) les châtaignes, moudre le seigle pour obtenir de la farine, broyer les noix pour en extraire l’huile ou encore fouler le chanvre.

Extrait de l’acte de succession des terres du « château », 21 février 1875, partie concernant le partage des droits d’eaux. Archive privée prêtée par la famille Rouveyrand

L., Mme G. et A. auront droit d’aller prendre les eaux des réservoirs du pré (…) de C. trois fois par semaine les lundi, mercredi et vendredi depuis cinq heures du matin à huit heures. Et pour exercer ces servitudes ils auront droit de faire remplir pendant la nuit les deux dits réservoirs qu’ils fermeront à partir de sept heures du soir.

L. devra fermer les réservoirs le dimanche soir, Mme G le mardi soir et A. le jeudi soir et celui qui fermera les écluses le soir aura droit d’arroser le matin le premier. (…)

Aujourd’hui, les anciennes cultures sont colonisées par les genêts et les aubépines, les bords de l’eau sont envahis par les aulnes et les frênes et les châtaigneraies par les chênes verts et les hêtres. L’artificialisation du paysage, autrefois divisé par les terrasses et les murets, tend à disparaître tandis que la forêt gagne du terrain. Toutefois, bien que peu à peu abandonnés et envahis sous les herbes, ces versants en escalier restent visibles à certains endroits.