Trois roches : granite, schiste et calcaire ont façonné un paysage, une végétation, avant de marquer l’architecture et le mode de vie humain. Issue du milieu naturel, l’architecture doit se plier à ses contraintes. Elle doit être rustique et fonctionnelle, habitat et outil de travail, trait d’union entre nature et culture.

Construire soi-même sa maison représentait autrefois une nécessité vitale et témoignait par là même de l’attitude de l’homme devant le monde. Dans une région marquée depuis des siècles par l’activité agricole, l’architecture reflète l’évolution des techniques, l’économie des moyens et une somme de labeur humain considérable. Elle est le témoin des modes d’exploitation et des sociétés rurales, et restitue les techniques anciennes, issues des traditions et de la sagesse populaire.

 

 

 

● Mont Lozère (Granite, arrondi des lignes, volumes massifs)

 

mtl 1Des hameaux, des maisons de maître, parfois des fermes fortifiées, se sont implantés dans les sites qui offraient une bonne exposition au soleil, près d’un ruisseau ou d’un point d’eau, à proximité des terres cultivées et des pâturages. Les vestiges des bancels de granite témoignent encore de la pratique des cultures en terrasses, et les béals de la maîtrise des techniques de distribution de l’eau et de l’irrigation. La rudesse du climat explique aussi que les diverses fonctions d’une exploitation (habitation, étable, grange, four…) se répartissent dans un ensemble de bâtiments très groupés et communiquant entre eux, afin de permettre à l’habitant de ne pas sortir à l’extérieur pendant l’hiver.
A l’origine en chaume de seigle, les couvertures ont été progressivement remplacées par des lauzes de schiste, en même temps que déclinait la culture du seigle, au profit de l’élevage.
A l’intérieur : deux niveaux, rarement trois, des plafonds bas, de petites ouvertures qui tentent de limiter les déperditions de chaleur et préservent l’intimité de la vie familiale face à la vie collective. On entre de plain-pied dans la salle commune, au rez-de-chaussée, où s’ouvrent la cheminée et la porte de l’étable.
La façade principale du corps d’habitation est orientée au sud, encadrée par l’étable et les bâtiments d’exploitation, tandis qu’à l’arrière, la pente de la montagne assure un abri contre le vent.
La proportion réduite des ouvertures, à côté des dimensions imposantes des blocs de pierres qui constituent les murs, donne aux édifices un aspect trapu tout à fait caractéristique.mtl 2
Les habitations du mont Lozère, les plus élevées des Cévennes, atteignent des altitudes parmi les plus hautes du Massif central (plus de 1 350 m). Sur le versant sud, un domaine des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem (Ordre de Malte) est probablement à l’origine du développement de certains hameaux comme celui de L’Hôpital.

 

 

 

 

● Cévennes (Schiste, contrastes du relief étroitesse des volumes)

 

C’est sur cette roche à la fois friable et dure que s’est implantée la majorité de la population cévenole. Comme dans les autres régions du Parc national, le village ou le hameau s’inscrit au cœur d’un paysage fortement marqué par la main de l’homme.

CEVUn grand nombre de terrasses de culture (bancels, faïsses ou traversiers) ont été édifiées pour retenir la terre et disposer des sols plats, hommes et femmes remontant la terre “audessus de leurs têtes”. Les sources ont été captées, l’eau stockée dans des bassins (gourgues) et distribuée par les béaIs jusqu’aux terres cultivées. L’environnement immédiat du mas apparaît comme une clairière dans la châtaigneraie : potagers, vergers, vignes, mûriers, prairies de fauche. Audessus des châtaigniers, les landes servent de pâturages. L’habitat est souvent situé à mi-pente où il était plus facile d’accéder autrefois que dans les fonds de vallées étroits et d’ailleurs sujets à inondations brutales. Il est dispersé en fonction des points d’eau, souvent de faible débit en saison sèche. Pour profiter du soleil les hameaux choisissent de préférence les pentes exposées au midi (adret).

cas 2Les maisons de schiste, dont l’assise est souvent entaillée dans le rocher même, sont hautes et étroites. Elles semblent économiser au maximum le sol plat nécessaire aux cultures.
Suivant l’évolution des besoins, un bâtiment vient s’accoler au premier, puis un autre, etc., l’ensemble prenant l’aspect caractéristique du “ mas – ruche ”.
Avec l’élevage du ver à soie, des étages entiers sont parfois venus rehausser les maisons, avec de nombreuses et petites ouvertures et quantité de cheminées nécessaires à l’aération et au chauffage de la pièce où grandissaient les “ magnans ”.
Portes et fenêtres du bâtiment d’habitation sont orientées en fonction de l’ensoleillement, surmontées par des linteaux de châtaignier ou de pierre. Des blocs de quartz, ou des galets de toutes les couleurs, viennent éclairer les murs de schiste sombre.
La couverture en lauzes de schiste repose sur une charpente en châtaignier.

 

●Causse (Calcaire, horizons ouverts, ampleur des volumes)
Malgré son aspect désertique, le plateau était autrefois le grenier à céréales des vallées. Les plaines et les dolines, mais aussi des versants actuellement délaissés, étaient cultivés, comme en témoignent les murettes qui délimitent des champs et les “ clapas ”, tas de cailloux qui résultent de l’épierrage effectué par les laboureurs. Aujourd’hui c’est le domaine du mouton ; les dolines (dépressions argileuses de forme arrondie) sont surtout cultivées pour la nourriture du bétail.

FERME CAUL’implantation des fermes isolées et des hameaux à l’abri du vent épouse le relief, à la limite des terres cultivées et des terres de parcours des troupeaux. Les pierres et dalles calcaires ont naturellement servi de matériau pour construire les murs et les toits. Les maisons sont édifiées généralement sans charpente de bois (matériau rare sur le Causse), avec un système de voûtes :
– voûte principale maintenue par des contreforts, ou par d’autres bâtiments ;
– demi – voûtes d’appuis abritant les bergeries.

Au-dessous du niveau d’habitation, des bergeries voûtées soutiennent le dallage de la salle commune, tandis qu’au sommet de la maison la couverture calcaire repose également sur une voûte. Les lauzes, extrêmement lourdes, sont posées sans mortier ni clou sur un lit de terre et de cailloutis qui recouvre la voûte.

causses 2Selon l’orientation de la maison, les ouvertures s’ouvrent sur le mur le mieux exposé. L’ampleur des toits permettait autrefois aux Caussenards de recueillir un maximum d’eau de pluie dans des citernes, grâce à un réseau complexe de chéneaux de bois. En effet, l’eau est très rare sur le Causse et les troupeaux devaient se contenter des eaux de pluie retenues, parfois plusieurs mois, dans les lavognes, petites dépressions argileuses, naturelles ou artificielles, rendues étanches dans ce but.

Les murs en moellons calcaires peuvent être édifiés à sec ou avec des enduits de chaux et de sable, de couleur ocre rose, recueillis à proximité. C’est souvent un perron, porté par une voûte qui permet d’accéder aux pièces d’habitation. Il sert de terrasse pendant l’été.

Une unité dans la diversité

 

A travers ces trois physionomies bien typées, on retrouve des caractéristiques communes à l’architecture rurale : le matériau utilisé est toujours celui de l’environnement proche, les murs montés en pierres sèches ou avec de la chaux comportent deux rangées de pierres (un mur extérieur, un mur intérieur) réunies de temps à autre par une pierre plus longue (la boutisse) qui assure la tenue de l’ensemble.

Aux zones de contact entre granite, schiste et calcaire, les matériaux se mêlent, fondant une nouvelle harmonie dans leur diversité. Beaucoup de sites ont été habités depuis des périodes très anciennes mais la plupart des constructions sont contemporaines ou postérieures au XVIIIe siècle (1780 à 1830 fut une période de construction intense, correspondant à une densité de population maximum).

L’influence des courants de pensée extérieurs a eu peu d’emprise sur les techniques empiriques qui se transmettaient de père en fils, évoluant lentement au rythme des Compagnons de passage. On trouve pourtant des éléments de style : fenêtres à meneaux, architecture romane, qui sont la manifestation de techniques plus savantes.

 

 

● Un patrimoine

 

Avec l’intégration progressive du pays dans un système économique d’échanges généralisés, avec la multiplication et l’amélioration des voies de communication, l’introduction de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques, la mécanisation de l’agriculture, l’augmentation de la taille des troupeaux, et la diminution de la population, les bâtiments anciens sont devenus mal adaptés.

6Ils sont transformés ou tombent en ruine. Ils constituent pourtant, avec les fours à pain, les fontaines, les églises, les clochers, un patrimoine précieux que la collectivité se doit de préserver comme témoin d’un art de vivre et d’un stade d’évolution de l’architecture remarquable par son harmonie et son intégration à l’environnement.

Avec plus de 4 000 bâtiments dans sa zone de protection, le Parc national des Cévennes a donc un rôle à jouer dans la conservation de l’architecture rurale traditionnelle. La maison rurale, le patrimoine usuel bâti, méritent le même respect que les châteaux, les églises, les fortifications, qui font depuis longtemps l’objet d’une préservation.